Le 4×4 ralentit, les roues tournent encore, et chaque pression sur l’accélérateur l’enfonce un peu plus. Sur les pistes du Sud marocain, l’ensablement ne survient pas toujours là où on l’attend : il se produit souvent sur une portion de piste anodine, juste après un coup de frein ou un arrêt mal choisi. Chez les conducteurs peu habitués au tout-terrain, la plupart des difficultés viennent de réflexes de route qui produisent ici l’effet inverse.
Freiner dans le sable, ou s’y arrêter n’importe où
Sur le goudron, lever le pied et freiner rassurent. Dans le sable mou, le sol freine déjà le véhicule ; un freinage appuyé forme devant les roues un bourrelet que le 4×4 devra franchir pour repartir. Mieux vaut garder une allure régulière, accélérer avec douceur, braquer sans à-coups et laisser le véhicule ralentir de lui-même avant de s’arrêter, de préférence sur une zone plus ferme ou face à une descente, pour que le redémarrage soit plus facile.
Si la voiture s’enfonce malgré tout, accélérer plus fort est le pire des réflexes : les roues creusent et le châssis finit posé sur le sable. On s’arrête, on regarde, on dégage les roues, puis l’on repart doucement, en ligne droite, éventuellement en marche arrière dans ses propres traces, déjà tassées. La pression des pneus compte aussi beaucoup sur le sable : suivez les consignes de l’encadrement ou du loueur, et rétablissez-la avant de retrouver le goudron.
Dans les dunes, deux règles s’ajoutent. On monte et l’on descend une pente dans son axe, jamais en travers, car un 4×4 incliné sur le flanc d’une dune peut se coucher. Et l’on ne passe jamais une crête sans savoir ce qu’il y a derrière : la face sous le vent est souvent bien plus raide que celle par laquelle on est monté.
Pourquoi le fech-fech trompe autant de conducteurs
Le fech-fech est une poussière très fine, proche du talc, qui recouvre certaines portions de piste dans le Sud, notamment autour de Zagora. Sa surface paraît lisse et ferme ; dessous, elle masque des ornières, des trous ou des pierres. Le véhicule s’y enfonce d’un coup et soulève un nuage qui aveugle aussitôt celui qui suit.
L’erreur consiste à l’aborder comme une piste ordinaire, puis à ralentir brusquement au milieu. On garde au contraire une vitesse constante et modérée, on tient fermement le volant pour encaisser les ornières invisibles, et l’on ne change de trajectoire qu’en douceur. C’est aussi dans le fech-fech que les distances entre véhicules doivent s’allonger le plus. Fermez les vitres et passez la ventilation en recyclage avant d’y entrer : la poussière s’infiltre partout, jusque dans les yeux du conducteur.
Un pierrier se regarde à pied avant de se franchir
Les pierriers du Jbel Saghro ou de l’Anti-Atlas réclament l’inverse du sable : de la lenteur. L’erreur classique consiste à s’y engager au jugé, sans ralentir. Une roche cachée suffit alors à toucher un bas de caisse, un réservoir ou le flanc d’un pneu, la partie la plus fragile, qui se répare mal sur place.
Devant un passage douteux, on s’arrête et on descend regarder. On choisit une ligne qui pose les roues sur les pierres les plus hautes plutôt que de les enjamber avec le dessous du véhicule, on avance au pas, en gamme courte si le véhicule en dispose, et le passager guide de l’extérieur, face au conducteur, en restant hors de la trajectoire. Gardez enfin les pouces à l’extérieur du volant : un choc de roue contre une pierre peut le faire tourner violemment entre vos mains.
Rouler dans la poussière du véhicule de devant
En convoi, la tentation est de coller au 4×4 qui précède, pour ne pas le perdre de vue. C’est précisément ce qui fait perdre la piste : dans sa poussière, on ne voit plus ni le sol, ni les pierres, ni le moment où il freine. Laissez la poussière retomber avant d’arriver à sa hauteur, et gardez assez d’écart pour vous arrêter s’il s’immobilise dans le sable.
Sur un circuit 4×4 dans le Sud marocain comme celui que propose Caravanes Aventures, où les véhicules communiquent par radio, cet écart devient plus facile à tenir : un passage délicat, un arrêt ou un véhicule en difficulté s’annoncent à la radio. Sans radio, convenez avant de partir d’un signal simple et d’une règle : celui qui ne voit plus le véhicule suivant dans son rétroviseur s’arrête et l’attend.
Un dernier réflexe concerne les oueds. Un lit de rivière à sec peut se remplir très vite après un orage sur les reliefs, parfois sans qu’il ait plu là où vous vous trouvez. Ne vous y arrêtez pas pour une pause, ne vous engagez jamais dans un oued où l’eau coule, et en cas de doute, attendez qu’elle baisse : aucune étape ne vaut ce risque.
